A Cana, des femmes ont enlacé leurs enfants pour les protéger de la mort (REPORTAGE)
30-07-2006 11:16:02
BEYROUTH, 30 juil 2006 (AFP) - Des femmes ont enlacé leurs enfants pour les protéger de la mort. Mais ce rempart ultime et dérisoire n'a pas suffi dans l'abri de Cana, ce village déjà victime, il y a dix ans, d'un bombardement israélien qui avait tué une centaine de civils.
Les mères, dans leur pantalons fleuris, gisaient sur le sol, les yeux épouvantés, serrant jusqu'à les étouffer leur enfants pour les protéger, a constaté une journaliste de l'AFP.
De l'immeuble à flanc de colline qui venait d'être achevé, il ne reste qu'un troisième étage qui tient dans un équilibre précaire.
Le propriétaire, un planteur de tabac, Abbas Hachem, avait construit une cave sous l'immeuble. Là, s'étaient refugiés des voisins et une dizaine d'handicapés, mentaux et physiques. 63 personnes, dont 34 enfants au total, a affirmé à l'AFP Farès Attiyah, chargé de l'approvisionnement de l'abri.
"J'ai vu des femmes, en position foetale, collées contre le mur, pensant que la cloison les protègerait, mais c'est le contraire qui s'est produit. Leur choix leur a été fatal, les cloisons se sont effondrées sur elles", raconte, entre deux sanglots, Naïm Rakka, responsable de l'équipe de la Défense civile dépêchée sur les lieux.
Selon lui, mais cela n'a pu être confirmé de source indépendante, il y a eu une première bombe puis une bombe à implosion qui a détruit l'immeuble.
Les secouristes travaillaient à mains nues pour dégager des gravats les corps, recouverts de poussière. Ils sortaient des enfants en pyjamas et les recouvraient d'une couverture avant de les transporter dans une maison.
Les sauveteurs soulevaient des matelas pour dégager les victimes.
"Il y a eu un premier bombardement à 01h00 du matin (samedi 22H00 GMT). Quelques personnes sont sorties de l'abri et une dizaine de minutes plus tard, un deuxième bombardement l'a réduit en ruines. Il y avait 63 personnes à l'intérieur, des familles Chalhoub et Hachem", raconte Ghazi Aaïdibi.
"Après le bombardement, il y avait de la poussière partout. Nous ne voyions plus rien. J'ai réussi à sortir avec deux filles de 13 et 9 ans et tout s'est effondré. Plusieurs membres de ma famille sont à l'intérieur, je pense qu'il n'y a plus aucun survivant", dit totalement hagard Ibrahim Chalhoub, 26 ans.
"Le pilonnage était tellement intense que personne ne pouvait bouger. Les secours n'ont commencé que ce matin", ajoute cet homme, l'un des cinq survivants de l'abri.
"J'ai sorti mon fils et mon mari, cheikh Mohammad Chalhoub, un paraplégique de 35 ans, je l'ai déposé dans un immeuble car je ne pouvais plus le porter. Mais, quand je suis venue pour sortir ma fille restée dans l'abri, il était trop tard, l'immeuble s'était effondré", raconte éplorée Rabab.
Des habitants laissaient aller leur colère contre les Américains. Le président américain Georges W. "Bush boit son whisky et compte les morts", criait, hystérique, un habitant qui a perdu plusieurs membres de sa famille. D'autres traitaient les Israéliens "d'assassins".
Alors que les secours se poursuivaient dans le village, où plusieurs dizaines de maisons étaient détruites, l'aviation israélienne a continué ses bombardements aux abords de Cana, a constaté une journaliste de l'AFP.
"Je ne veux plus que vous me demandiez des chiffres. C'est bien connu, nous servons de cobayes pour leurs armes, les bombes à implosion, on ne voit plus que ça", dit, excédé, Naïm Rakka.
Cana a déjà été le théâtre d'un bombardement israélien sanglant, le 18 avril 1996, lors de l'opération "les Raisins de la colère". 105 civils qui avaient trouvé refuge dans un poste de l'Onu au Liban sud avaient été tués et plus de 300 blessés.